dimanche 1 janvier 2012

[revue de presse] - [118] - [5-31 décembre 2011]

1. RENAUD DONNEDIEU DE VABRES MIS EN EXAMEN

Mediapart, Fabrice Arfi, Karl Laske 13.12.2011 

Dans l'affaire des ventes d'armes au Pakistan et à l'Arabie saoudite, Renaud Donnedieu de Vabres est ce qu'il est convenu d'appeler un homme clé. Factotum, petit télégraphiste, il est celui qui a tout vu et peut-être tout fait, alors qu'il n'était qu'un simple chargé de mission ministériel, entre 1993 et 1995. 

Il a été mis en examen, jeudi 15 décembre, pour «complicité d'abus de biens sociaux» par les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. Il avait été interpellé et placé en garde à vue, mardi 13 décembre, par les policiers de la Division nationale des investigations financières (Dnif), puis remis en liberté après plus de 24 heures d'audition. 

M. Donnedieu de Vabres, ancien ministre des affaires européennes (2002) puis de la culture et de la communication (2004-2007), est le premier politique directement visé par l'enquête. On le trouve omniprésent dans les agendas (voir page 4) du patron de l'office d'armement Sofresa chargé des ventes d'armes avec l'Arabie, Jacques Douffiagues, récemment décédé. 

Ancien secrétaire général adjoint, ancien porte-parole, et actuel secrétaire national de l'UMP en charge des questions culturelles, RDDV – comme il est surnommé – est soupçonné d'avoir participé entre 1993 et 1995 à la mise en place, au sein du gouvernement Balladur, d'un système de détournement de fonds adossé à plusieurs marchés d'armement. M. Donnedieu de Vabres était à l'époque le plus proche conseiller du ministre de la défense, François Léotard. Plusieurs témoins entendus par les juges l'ont désigné comme celui qui avait présenté, et imposé, l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine et deux de ses associés – MM. Abdul Raman El Assir et Ali Ben Musalam – dans les négociations des contrats Agosta (vente de sous-marins au Pakistan) et Sawari 2 (vente de frégates à l'Arabie saoudite).

Les intermédiaires ont par la suite été destinataires de commissions exorbitantes et injustifiées, selon les éléments de l'enquête. Une partie de ces fonds aurait été destinée au financement de la campagne présidentielle du premier ministre Edouard Balladur, voire à l'enrichissement personnel de certains protagonistes du dossier. Les investigations sur Ziad Takieddine, mis en examen pour «complicité et recel d'abus de biens sociaux», ont mis en évidence les liens du marchand d'armes avec le premier cercle présidentiel (Brice Hortefeux, Thierry Gaubert, Claude Guéant, Pierre Charon, Jean-François Copé, Dominique Desseigne...), et un réseau d'amitiés haut placées dans lequel on retrouve Renaud Donnedieu de Vabres et Nicolas Bazire. 

 «Nous avons fait la connaissance de Renaud Donnedieu de Vabres chez M. et Mme Takieddine», a indiqué aux policiers la princesse Hélène de Yougoslavie, l'épouse de Thierry Gaubert, collaborateur au ministère du budget de Nicolas Sarkozy à l'époque des faits. «Je pense que Thierry a été présenté à M. Donnedieu de Vabres par Nicolas Bazire», a-t-elle ajouté. Actuel n°2 du géant du luxe LVMH, du groupe du milliardaire Bernard Arnault, M. Bazire a été le directeur de cabinet du premier ministre entre 1993 et 1995. Un témoin évoque des « pressions politiques » Selon les confidences aux enquêteurs de l'ex-femme de Ziad Takieddine, M. Donnedieu de Vabres avait tissé une solide amitié avec le marchand d'armes. « Renaud est devenu assez familier avec Ziad. Ils se voyaient souvent. Nous sommes devenus amis, nous nous sommes même rendus en vacances en Corse chez Renaud », a ainsi expliqué Nicola Johnson sur procès-verbal. La familiarité existant entre RDDV et l'homme d'affaires a également été relevée par Emmanuel Aris, ancien dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN). Ce dernier, chargé de la gestion des intermédiaires du contrat des sous-marins pakistanais, assure avoir rencontré M. Takieddine « à la demande de MM. Léotard et Donnedieu de Vabres ». 

«Je me trouvais pour la première fois dans un contexte très particulier de pressions politiques et hiérarchiques, a expliqué M. Aris, le 28 septembre dernier. Je me souviens être allé une fois au ministère de la Défense pour rencontrer M. Donnedieu de Vabres. J'ai pu constater à cette occasion que M. Takieddine, qui était déjà là lorsque je suis arrivé, tutoyait M. Donnedieu de Vabres. Ils s'appelaient tous les deux par leurs prénoms et se tutoyaient.» Selon M. Aris, M. Takieddine «était envoyé par les plus hautes autorités de l'Etat». 
D'autres fonctionnaires ont témoigné dans le même sens. L'un d'eux, Philippe Bros, ancien commissaire du gouvernement auprès des sociétés d'exportation d'armement, a ainsi précisé qu'il «soupçonnait fortement l'existence de retours». Comprendre : des rétrocommissions, de l'argent sale. «Il était de notoriété publique que les intermédiaires du contrat Agosta étaient directement reçus par M. Donnedieu de Vabres dans le salon jaune au ministère de la Défense et que cela ne s'était jamais vu», a pour sa part assuré l'ancien contrôleur général des armées, Jean-Luc Porchier. 

Patrice Molle, ancien préfet, membre du cabinet du ministre de la défense, a décrit le statut hors norme de Donnedieu de Vabres auprès de François Léotard : «Il était un conseiller spécial hors hiérarchie, a-t-il indiqué en janvier, devant le juge Van Ruymbeke. Il occupait physiquement le bureau qui était traditionnellement celui réservé au directeur de cabinet, ce qui avait créé une petite friction avec le directeur de cabinet qui a fini par admettre cette situation contre son gré. (...) Donnedieu passait souvent dans le cabinet du ministre. C'était son homme de confiance, c'était important pour M. Léotard. Il consultait souvent Donnedieu de Vabres. Il le rassurait par une proximité de conviction politique, de passé commun.»

 M. Donnedieu de Vabres est allé «publiquement plusieurs fois en Arabie saoudite» et «il a accompagné le Ministre pour la signature officielle de Sawari II», a précisé M. Molle. RDDV «suivait ce contrat» pour le ministre. Mais pas seulement. Il sera en effet poursuivi et condamné, en février 2004, à 15.000 euros d'amendes pour le blanchiment d'une somme de 5 millions de francs, aux côtés de M. François Léotard, qui quittera la vie politique sur ces entrefaites. 

Entendu le 24 novembre par le juge Roger Le Loire, M. Takieddine a minimisé ses relations avec Renaud Donnedieu de Vabres, qu'il présente comme «l'homme chargé des relations entre l'Arabie saoudite et la France au ministère de la Défense». ..."
suite de l'article (payant) http://www.mediapart.fr/journal/france/131211/affaire-takieddine-ce-qui-accuse-donnedieu-de-vabres


RENAUD DONNEDIEU DE VABRES ADMET AVOIR IMPOSE DES INFORMATEURS
LeFigaro, AFP, 31/12/2011
L’ex-ministre Renaud Donnedieu de Vabres, mis en examen dans l’affaire Karachi, a admis avoir imposé des informateurs, dont le Franco-Libanais Ziad Takieddine, dans la négociation de contrats d’armement avec le Pakistan et l'Arabie saoudite en 1994, selon un PV consulté aujourd'hui par l'Agence France-Presse. 

Interrogé par les enquêteurs de la Division nationale d’investigations financières (Dnif) lors de sa garde à vue les 13 et 14 décembre, pour savoir s'il avait imposé des intermédiaires, Renaud Donnedieu de Vabres leur a répondu: "Comme intermédiaire bénéficiant de contrat, non. Comme personne utile par leurs informations, c'est tout à fait possible", selon le procès-verbal d'audition. 

«Réseau K» L'ex-chef du cabinet civil de François Léotard, Patrice Molle, avait déjà affirmé dans Le Monde que Renaud Donnedieu de Vabres s'était occupé des intermédiaires libanais, évoquant des "rétrocommissions": "Tout Paris sait qui a imposé les intermédiaires libanais dans le dossier Agosta, Renaud Donnedieu de Vabres traitait tout cela directement, il référait en personne au ministre."...." 
suite: http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2011/12/31/97001-20111231FILWWW00303-karachi-donnedieu-de-vabres-admet-avoir-impose-des-informateurs.php


2. LE POINT SUR L'AFFAIRE



LES MATINS DE FRANCE CULTURE, 20.12.2011
Interview de OLIVIER MORICE, avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi.

En complément :
BRICE HORTEFEUX, ENTENDU COMME "SIMPLE TÉMOIN"
Le Figaro, 19.12.2011




3. CENSURE A L’ASSEMBLÉE NATIONALE


UN VENT DE CENSURE SOUFFLE SUR L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Le pudding à l'arsenic 14.12.2011
"...Aujourd'hui, nous avons découvert un président de l'assemblée nationale censeur lorsque les questions embarrassent son camp politique. 
 Tout a commencé par la prise de parole de Delphine Batho lors de la séance de questions au gouvernement, cet après-midi. La députée des Deux-Sévres a rappelé que Nicolas Sarkozy, porte-parole de la campagne d'Edouard Balladur et ministre du Budget en 1994, avait autorisé la création de sociétés offshore au Luxembourg, canal supposé de la corruption dans l'enquête judiciaire visant le financement occulte de la campagne présidentielle de 1995, les fameuses rétrocommissions de l'affaire Karachi : « Beaucoup d'indices démontrent que les rétrocommissions présentent des liens avec le financement illégal de la campagne Balladur dont Nicolas Sarkozy était porte-parole .../... Malgré les entraves à la justice, à l'évidence, l'affaire Karachi concerne Nicolas Sarkozy. Ma question est la suivante : que savait et qu'a été le rôle de Nicolas Sarkozy, ministre du Budget à l'époque ? » 


Cette question a eu le don d'agacer les ministres et les députés de droite présents dans hémicycle, encore sonnés par l'arrestation la veille, de Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller de François Léotard, ministre de la défense lors des faits. Lorsque Bernard Cazeneuve, rapporteur de la mission parlementaire sur l'affaire Karachi a voulu de son banc prendre la parole, soutenu par l'ensemble des députés de gauche, il fallait bien trouver le moyen de faire taire le bougre ! Et puis, quelle légitimité a-t-il pour intervenir dans ce débat ? Ce n'est qu'un rapporteur, n'est ce pas ! C'est ainsi que le président de l'assemblée nationale, président supposé être non-partisant et garant de l'esprit démocratique au sein de l’hémicycle, a décidé de ne pas laisser la parole au député Cazeneuve et a tout bonnement suspendu la séance, sous le torrent de contestations des représentants de la gauche.



La réaction de Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste à l'assemblée, ne s'est pas fait attendre : "Je considère que dans cette affaire particulièrement grave, qui peut mettre en cause y compris l'actuel président de la République (....), vous avez empêché tout simplement de donner parole à Bernard Cazeneuve parce qu'il a été rapporteur de la mission d'information parlementaire sur l'affaire Karachi et que vous avez tout fait pour l'empêcher de s'exprimer devant l'Assemblée nationale" La droite se retrouve acculée, au pied du mur. Pour éviter de répondre aux questions embarrassantes, elle est capable de censurer la parole d'un député pourtant représentant du peuple. Quelle sera la prochaine étape : l'emprisonnement d'opposants comme en Russie ? 

L'instant est grave, les moyens utilisés par la droite pour faire taire ses opposants sont inadmissibles. Un vent de changement doit souffler sur notre république afin que la France puisse respirer à nouveau. Vivement le printemps, d'ici là quelque chose me dit que l'hiver sera rude !
lien direct: http://lepuddingalarsenic.blogspot.com/2011/12/karachi-un-vent-de-censure-souffle-sur.html

Voir également : le blog de Delphine Batho (PS)

Point presse de Bernard Cazeneuve (PS) 14.12.2011

Affaire Karachi : Point presse de Bernard... par GroupeSRC

Le pearltree des articles de décembre 2011:
Decembre 2011 dans 2011 / Karachi Gate /  (sebmusset)